Zoom sur un document - À la recherche de vocations en Angleterre pour la mission de Malaisie (1892-1898)

Si la Maison générale de la congrégation des Sœurs de l’Enfant Jésus – Nicolas Barré est aujourd’hui située à Crawley, dans la banlieue londonienne, l’implantation des religieuses en Angleterre n’a pas été chose aisée. Alors que le Royaume-Uni, à la fin du XIXe siècle, paraît pouvoir apporter de nombreuses vocations anglophones, la première tentative de fondation d’écoles et communautés se révèle être un échec. Arrivées en Angleterre en 1892, ce n’est qu’en 1898 qu’une implantation durable voit le jour.

Sœur Saint Gaétan Gervais, supérieure de la mission de Singapour, a un besoin urgent de religieuses anglophones. L’Institut est en effet en pleine expansion au-delà des frontières françaises. Les Sœurs arrivent en Malaisie en 1852, à Singapour l’année suivante, puis en Espagne, en 1860, au Japon, en 1872, et en Thaïlande, en 1885. La Malaisie et Singapour comptent alors parmi les colonies anglaises, et la maîtrise de l’anglais est également utile au Japon et en Thaïlande. Si, en 1892, 23 religieuses anglaises et 44 irlandaises font partie de la congrégation, la multiplication des petites écoles et orphelinats rend indispensable la présence d’un plus grand nombre de Sœurs anglophones. Le projet de Sœur Saint Gaétan Gervais est d’établir une communauté en Angleterre afin d’accueillir et former des jeunes filles désireuses de devenir religieuses missionnaires, puis de les envoyer au noviciat de Paris. Elle part en 1892 avec Sœur Saint Augustin McSweeney, qui est irlandaise. Le Conseil général de la congrégation a peu d’espoir concernant la réussite des deux religieuses. Elles reçoivent cependant le soutien, notamment financier, d’autres Sœurs, dont Mère Sainte Mathilde Raclot, fondatrice des missions de Malaisie et du Japon. Arrivées à Londres le 9 juin, elles essuient un premier refus de l’archevêque Vaughan de Westminster concernant l’ouverture d’un pensionnat. Le clergé catholique anglais est alors pauvre, et l’éducation des enfants constitue une de ses sources de revenus. Il est donc peu enclin à l’arrivée de religieuses enseignantes.

 



Soeur Saint Gaétan Gervais (s.d., n°400)

La première communauté anglaise ouvre ses portes à Southgate, dans la banlieue de Londres, le 21 août 1892, malgré les réticences du clergé local. 6 religieuses françaises la rejoignent pour s’occuper d’un externat. Sœur Saint Gaétan Gervais décède le 22 août, une fois son objectif accompli.

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Publicité pour la communauté de Southgate (6 M 5-1, 1893)

 

Pour encourager les jeunes filles à rejoindre la congrégation et le clergé à soutenir leur action, un document publicitaire est diffusé. Rédigé en anglais, il retrace l’historique de l’Institut et présente son projet pour l’Angleterre. Cependant, malgré la création de la communauté de Southgate et les efforts pour faire connaître cette maison, les Sœurs ne rencontrent pas le succès espéré. Elles se mettent alors à la recherche d’un autre lieu pouvant les accueillir, et essuient deux nouveaux refus. Ce n’est qu’en décembre 1893 que les religieuses trouvent un lieu où poursuivre leur mission. Elles sont appelées par le chanoine McGrath, curé de Camberwell, pour remplacer une congrégation pour la gestion d’une école. La communauté reste 5 ans à Camberwell. Elle est appelée à Weybridge, en 1898, de nouveau par le chanoine McGrath. Cette communauté perdure pendant près d’un siècle, mais sans toutefois apporter les nombreuses vocations espérées. Pour remplir leur objectif, les Sœurs se tournent vers l’Irlande dès 1909, date à laquelle elles s’installent à Drishane.

 


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Chanoine McGrath, curé de Camberwell (6 M 5-1, 1894)

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Sœurs de la communauté anglaise (6 M 5-1, 1894)


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Vue de Southgate (6 M 5-1, 1893)