Mère Sainte-Mathilde Raclot (1814-1911) est une des figures les plus emblématiques de la congrégation. Née en Lorraine, elle entre dans l’Institut en 1832 et semble destinée à enseigner dans des pensionnats de province. Pourtant, des circonstances inattendues l’ont amenée à devenir missionnaire en Extrême-Orient et à mener une existence hors du commun. Elle a activement participé à la fondation et la pérennisation des missions de Malaisie, de Singapour et du Japon, qui perdurent encore aujourd’hui.
Jeunesse et débuts dans l’Institut
Née en 1814 à Suriauville, dans les Vosges, Marie Justine Raclot est issue de la bourgeoisie rurale. Sa famille est très croyante. De ses 12 à 16 ans, elle est éduquée au pensionnat des sœurs de l’EJNB, ce qui suscite chez elle les prémices d’une vocation religieuse. Elle entre en 1832 à Langres, puis est envoyée en 1833 à Paris pour le noviciat. Elle prend l’habit en 1834 et fait sa profession de foi en 1835. Sœur Sainte-Mathilde, âgée de 21 ans, est envoyée comme enseignante dans plusieurs pensionnats du sud de la France. Bien qu’elle y ait trouvé un certain épanouissement, elle nourrissait l’espoir de devenir missionnaire et rêvait déjà du Japon.
Premières missions en Malaisie
L’Institut, qui était alors uniquement implanté en France, a été sollicité en 1851 par les Missions Étrangères de Paris (MEP) pour ouvrir une école pour filles à Singapour.
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L’apostolat du Japon
Le Japon débutait dans les années 1860 une période de modernisation et de ré-ouverture. Les MEP purent amorcer une nouvelle implantation au sein de l’archipel et demandèrent au sœurs d’y fonder une mission. En 1872, sous la supervision de mère Mathilde, les sœurs de l’EJNB ont été les premières religieuses à s’implanter au Japon et fondent une école pour filles à Yokohama. Mère Mathilde était aussi la supérieure des missions d’Asie. Elle rencontrait de nombreuses difficultés en raison du manque de moyens financiers et humains face au travail considérable à abattre, ainsi que le climat tropical qui engendrait inconfort, maladies et décès chez les sœurs. Au cours des années 1860-1870, elle était très sollicitée par les différentes missions et elle voyageait fréquemment. En 1876, elle est chargée de l’intérim du supériorat de la mission japonaise en raison du décès de la précédente supérieure. En septembre 1876, mère Mathilde est choisie pour être la nouvelle supérieure du Japon. En 1879, conséquemment à la reconnaissance de l’Institut par la papauté en 1866, mère Sainte-Mathilde prononce ses vœux perpétuels.
Pensionnat de Yokohama (1882, archives des soeurs de l'EJNB, n°465)
La mission de supérieure du Japon était également d’une grande difficulté, bien que mère Mathilde ait été exaltée d’atteindre le but de sa vie. Implantées à Tokyo et Yokohama, les soeurs étaient confrontées à une certaine hostilité de la population, au manque de moyens et aux récurrentes catastrophes naturelles. Mère Mathilde retourna une dizaine de fois en Malaisie jusqu’en 1883 où un grave problème de santé ne lui permit plus de voyager. Définitivement fixée au Japon à partir de 1883, mère Mathilde s’est beaucoup impliquée dans la gestion et l’administration de la mission. Le développement de la mission, couplé à l’amélioration des relations entre le pouvoir japonais et l’Église catholique, permit aux soeurs de dispenser des cours aux élites nippones. Cependant, l’interdiction de l’enseignement religieux à la fin du siècle et l’évolution de la société japonaise rendirent leurs missions plus difficiles et moins indispensables.
Orphelinat japonais de Tokyo (1890, archives des soeurs de l'EJNB, n°465)
Mère Mathilde commença à se retirer en 1902, alors qu’elle fêtait ses 50 ans de mission.
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Postérité
Mère Sainte-Mathilde Raclot est une des plus grandes figures de la congrégation, connue pour son dévouement, sa foi et sa robustesse. Véritable figure de proue de l’élan missionnaire qui a porté les soeurs de l’EJNB en Asie, sa contribution à l’élargissement de l’Institut est considérable. Elle a assumé des responsabilités très rarement accordées à une femme du XIXe siècle. Elle était une administratrice et gestionnaire avisée, une interlocutrice avec les autorités locales et religieuses, et une figure rassembleuse et d’autorité pour les autres soeurs.
Cependant, hors de la congrégation, la figure de mère Mathilde demeure encore peu connue, notamment en France. Sa mémoire est encore vivace dans la congrégation et chacune des provinces se l’approprie pour perpétuer son souvenir. Les célébrations sont un moment de partage et de commémoration, afin de célébrer sa naissance (bicentenaire de sa naissance en 2014) et les fondations, à l’instar des 150 ans de la fondation de la mission japonaise (2022) et les 170 ans de la fondation en Malaisie (2021) et à Singapour (2024)
Bas-relief de l'auditorim de l'école Yokohama Futaba Gakuen représentant les cinq soeurs qui ont fondé la mission japonaise (entrée 2024-04, archives des soeurs de l'EJNB, 2022)
Pour en savoir plus...
Cet article est la version abrégée de l'exposition virtuelle du même nom.
Article rédigé par Anaëlle Herrewyn, archiviste des Soeurs de l'Enfant Jésus - Nicolas Barré