Zoom sur un document - Le musée missionnaire des Sœurs de l’Enfant Jésus – Nicolas Barré (1927-1966)



« En sortant du parloir du noviciat dont les murs austères sont maintenant décorés de photographies représentant nos œuvres du Japon et de la Malaisie nous pénétrons dans un petit corridor où tout nous parle des Missions » (extrait du « Guide pour la visite du musée missionnaire de Saint-Maur », archives des Sœurs de l’EJNB, n°466).

Les XIXe et XXe siècles sont une période d’élan missionnaire du catholicisme. Des congrégations religieuses, jusque-là principalement présentes en Europe, s’installent sur les autres continents dans un but d’évangélisation. À partir de la fin du XIXe siècle, une nouvelle méthode de propagande, au sens de propagation de la foi, voit le jour : les expositions missionnaires. Temporaires ou permanentes, elles sont l’occasion pour les congrégations de partager leurs actions en Asie, Afrique ou Amérique.

Les Sœurs de l’Instruction Charitable du Saint Enfant Jésus, surnommées Dames de Saint-Maur et aujourd’hui appelées Sœurs de l’Enfant Jésus – Nicolas Barré (EJNB), sont présentes en Asie depuis 1852. Répondant à l’appel des prêtres des Missions Étrangères de Paris, elles se rendent en Malaisie (1852), à Singapour (1853), puis au Japon (1872), en Thaïlande (1885) et en Mandchourie (1936). Rapportant de multiples objets venant de ces pays, à la fois bibelots, animaux naturalisés et objets d’art, les religieuses participent à plusieurs expositions missionnaires. En 1927, elles ouvrent un musée des Missions, situé dans les locaux de la maison-mère, rue de Sèvres, à Paris. Ouvert occasionnellement au public jusqu’à sa fermeture, en 1966, il permet aux visiteurs de découvrir une partie de la culture des pays d’Asie où est présente la congrégation, ainsi que l’action des Sœurs en matière d’éducation, aide aux populations défavorisées et évangélisation.

Aujourd’hui, il ne reste plus du musée des Missions que quelques objets conservés par la congrégation, et des documents d’archives permettant de découvrir le local, les pièces exposées et le discours des Sœurs sur ces objets. Grâce à des photographies et au « Guide pour la visite », nous vous proposons de découvrir ce musée, où est actuellement présent le service d’archives de la congrégation.

  


Origines du musée

Les expositions missionnaires temporaires se multiplient au début du XXe siècle, en même temps que les expositions coloniales et expositions universelles. Elles sont notamment un moyen d’affirmer la présence de l’Église catholique dans le contexte de la sécularisation .

Les Sœurs de l’EJNB participent à plusieurs de ces expositions dans les années 1920-1930. En tant que membres d’une congrégation missionnaire, elles y sont conviées pour tenir un stand où leurs actions sont présentées et les objets exotiques accumulés. À Lyon, en 1936, c’est un espace de 54 m² qui est mis à leur disposition. Des ecclésiastiques, des anciennes élèves de leurs écoles, mais aussi des jeunes filles intéressées par la congrégation ou de simples curieux, composent le public de leur stand.


Stand des "Dames de Saint-Maur" à l'exposition missionnaire de Valenciennes, en février 1929 (archives des Sœurs de l'EJNB, 1 M 41-15)

Entre décembre 1924 et janvier 1925 a lieu l’Exposition vaticane. Cette vaste exposition missionnaire organisée par le pape Pie XI rassemble de nombreuses congrégations missionnaires à Rome. Les Sœurs ont à leur disposition deux espaces restreints pour présenter les Missions de Malaisie et du Japon. C’est à la suite de cet événement que la supérieure générale de l’Institut informe les Sœurs du projet de création de leur propre musée missionnaire. Celui-ci est composé de certains objets exposés lors de l’Exposition vaticane. D’autres sont donnés au Palais du Latran, abritant le musée missionnaire du Saint-Siège jusqu’en 1963.

« Grâce au dévouement de Mère Sainte Suzanne, nous avons pu retirer de Rome ce qui ne nous a pas été réclamé par l’Exposition permanente que Notre Saint Père le Pape organise à Saint Jean de Latran. Ce sera un lien visible entre nos belles œuvres d’Orient et notre maison-mère, et un rappel constant du Sint Unum invisible qui unit les esprits et les cœurs dans un même but et un même mouvement : "La gloire de Dieu et le salut des âmes" » (circulaire de Mère Sainte Marguerite-Marie Delbecq (supérieure générale), archives des Sœurs de l’EJNB, 1 M 41-15).

Objets exposés

Conçu comme un cabinet de curiosités, le musée missionnaire regroupe des objets divers : animaux naturalisés, plantes, artisanat, vêtements, objets religieux… venant de Chine, Malaisie, Japon, Thaïlande, Birmanie et Inde. Il est probable que la grande quantité d’objets chinois s’explique par la forte présence chinoise en Malaisie, où les Sœurs ont de nombreux établissements.

Le « Guide pour la visite » permet de comprendre l’intérêt de ces collections. Elles sont un moyen de mieux connaître les contrées lointaines d’Asie, encore peu accessibles, et les populations qui les peuplent. Par exemple, l’artisanat du bambou et du cocotier est présenté aux visiteurs. Cet intérêt ethnographique et scientifique explique que certaines collections de musées missionnaires aient aujourd’hui intégré des musées publics.

Pour autant, le principal objectif du musée missionnaire est de participer à propager la foi chrétienne, tout en mettant en valeur les œuvres de la congrégation. C’est pourquoi la guide met l’accent sur les coutumes locales et les pratiques religieuses des populations qui ne sont pas chrétiennes, jugées « barbares » et « cruelles ». L’imaginaire n’est pas absent de la visite proposée, nourri par la présence d’animaux naturalisés et d’objets exotiques. À l’inverse, les actions des Sœurs sont mises en valeur dès l’entrée du musée, où est présentée une carte statistique des œuvres de Malaisie, et à la sortie, où sont exposés les portraits de Sœurs missionnaires ayant eu un rôle marquant dans l’Institut.


Après le concile Vatican II (1962-1965), le discours sur les Missions et l’évangélisation est modifié. Dans ce contexte, les expositions missionnaires disparaissent, tandis que certains musées perdurent grâce à l’apport scientifique de leurs collections. À partir de 1966, les objets conservés rue de Sèvres sont vendus ou, pour quelques-uns d’entre eux, conservés dans l’actuel service d’archives de l’Institut.


Un document : "Guide pour la visite du musée missionnaire de Saint-Maur" (archives des Soeurs de l'EJNB, n°466)


Pour en savoir plus...

Bibliographie

CAKPO (Érick), « L’exposition missionnaire de 1925. Une affirmation de la puissance de l’Église catholique », Revue des sciences religieuses, n°87/1, 2013, p. 41-59.

LORD (France), La muette éloquence des choses : collections et expositions missionnaires de la Compagnie de Jésus de 1843 à 1946, thèse de Philosophie, Université de Montréal, 1999, 2 vol., 353 p.

ZERBINI (Laurick), « La construction du discours patrimonial : les musées missionnaires à Lyon (1860-1960) », Outre-mers, t. 94, n°356-357, 2e semestre 2007, p. 125-138.

Collections missionnaires ouvertes au public (liste non exhaustive)

Musée missionnaire ethnologique du Vatican : http://www.museivaticani.va/content/museivaticani/fr.html (consulté le 11-12-2020).

Musée des arts d’Afrique et d’Asie (Vichy) : http://musee-aaa.com/?page_id=427 (consulté le 11-12-2020).

Musée des Confluences (Lyon) : https://www.museedesconfluences.fr/fr (consulté le 11-12-2020).