Zoom sur un document - Roubaix pendant la Première Guerre mondiale : vivre l’Occupation et la séparation

« Avoir souffert ensemble resserre les liens des Sœurs d’une même Communauté et il nous semblait qu’ensemble nous saluerions le grand jour de la délivrance ; cependant le bon Dieu voulait que tandis que quelques-unes d’entre nous reprendraient la route de notre chère Maison-Mère, les autres supportassent encore les ardeurs du plus accablant des jours […] Pour les partantes quel serrement de cœur de laisser une Mère et des Sœurs tant aimées dans ce territoire envahi… Mais le devoir avait parlé, Monseigneur désirait que Ségur restât sur cet héroïque champ de bataille du Nord, portant bien haut le drapeau dans la plus invincible confiance…  » (récit des Sœurs de Roubaix parties en exil, 1918, 1 M 45-5).

La vie à Roubaix

Roubaix est une des villes occupées par les troupes allemandes entre 1914 et 1918. Les Sœurs de l’Enfant Jésus – Nicolas Barré y sont présentes depuis 1907. Installées rue de la Sagesse, elles enseignent dans l’Institution de Ségur.

En août 1914, les religieuses sont contraintes de déménager. Ségur est transformé en ambulance française. Elles trouvent refuge dans un ancien immeuble des Dames de la Sainte-Union, puis au sein de l’Institut technique roubaisien, en février 1915, où l’abbé Pinte participe clandestinement à la rédaction de L’Oiseau de France. Obligées de quitter les lieux en 1917, les Sœurs sont accueillies par les époux Glorieux-Toulemonde, boulevard de Paris. Le salon du couple est transformé en chapelle, où la messe est célébrée presque quotidiennement.


Un groupe d'infirmières autour de Mme François Roussel, rue de la Sagesse (plaque de verre, 1914-1918, n°82-33)

 

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Institut technique roubaisien (plaque de verre, 1914-1918, n°82-34)

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Autel et tabernacle de la chapelle au 94, boulevard de Paris (plaque de verre, 1914-1918, n°83-35)

Il reste peu de traces de la vie des religieuses de Ségur durant cette période de troubles. Les quelques archives qui en témoignent indiquent qu’elles continuent à enseigner pendant cette période, au sein de leurs différents refuges et malgré les privations. Elles apportent également leur aide aux pauvres et dispensent le catéchisme.

« Malgré les imprévus douloureux ou inquiétants de nos semaines et de nos années, les classes avaient lieu en dépit des difficultés ; nous comptions encore 300 enfants la première année de guerre, puis le nombre est descendu à 200 ; en 1917 à 100 et maintenant Ségur a un troupeau de 80 élèves aguerris par la souffrance et rendues endurantes par les épreuves de tous les jours » (récit des Sœurs de Roubaix parties en exil, 1918, 1 M 45-5).

Certaines religieuses auraient également participé aux soins des blessés de guerre. Mère Sainte Caroline Devivaise reçoit la médaille de la Société française de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer avec la palme de la Croix Rouge.

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Médaille de la Société française de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer avec la palme de la Croix Rouge reçue par Mère Sainte Caroline Devivaise (1 M 45-1)

La vie en exil

Les religieuses de Ségur vivent l’occupation allemande dans l’unité jusqu’en 1918. Le 2 septembre, alors que le voyage a été reporté plusieurs fois, la communauté se sépare. Certaines restent à Roubaix, tandis que les autres sont envoyées en quarantaine par les Allemands avant de pouvoir rejoindre la supérieure générale, partie en exil à Montauban, en mai 1918. Elles prennent le train pour Housse, en Belgique, où elles vivent environ un mois. Le récit des Sœurs exilées est la principale source concernant la vie des religieuses de Ségur pendant la Première Guerre mondiale (cf. ci-dessous, 1M 45-5).

C’est une vie calme qui attend les Sœurs, malgré les dégâts matériels et humains causés par le conflit en Belgique. La séparation de la communauté est une source de souffrance, à laquelle s’ajoute l’absence de nouvelles des autres Sœurs de la congrégation. Les religieuses  retrouvent leur supérieure générale à Montauban, plus d’un mois plus tard, en octobre 1918.

« Notre vie à Housse a été agréable et facile ; si notre Mère et nos sœurs avaient été avec nous, nous aurions vraiment passé une villégiature charmante » (récit des Sœurs de Roubaix parties en exil, 1918, 1 M 45-5).

Des retrouvailles avec les Sœurs restées à Roubaix ont rapidement lieu, puisque la ville est libérée le 18 octobre 1918. Les religieuses de Ségur se rendent alors à Paris, à la maison-mère. La communauté retrouve son local de la rue de la Sagesse en janvier 1919, où elle enseigne jusqu’en 1923, date à laquelle les Sœurs trouvent un bâtiment pouvant accueillir davantage d’élèves.

Un document : le récit des Sœurs de Roubaix parties en exil (1918, 1 M 45-5)